Appui à la mise en œuvre de la Stratégie de développement à faible intensité de carbone et résilient aux changements climatiques du Bénin.
Plan d’action pour la mise en œuvre de la Stratégie de développement à faible intensité de carbone et résilient aux changements climatiques du Bénin
Résumé du rapport de septembre 2020
Ce document présente le Plan d’action pour la mise en œuvre de la Stratégie de développement à faible intensité de carbone et résilient aux changements climatiques (SDFIC) du Bénin. Il vise à intégrer les considérations climatiques dans les plans sectoriels pour un développement durable, sobre en carbone et résilient aux changements climatiques.
I. Diagnostic du développement durable
1.1 Climat et scénarios climatiques du Bénin Le Bénin présente trois sous-ensembles climatiques : un climat subéquatorial à régime bimodal, une zone de transition climatique et un climat tropical à régime unimodal. Les projections climatiques à l’horizon 2050 prévoient une hausse des températures entre 0,9°C et 1,1°C, une concentration des pluies, une augmentation de la durée de la saison sèche, ainsi qu’une élévation du niveau de la mer pouvant atteindre 60 à 70 cm à la fin du 21e siècle.
1.2 Risques et secteurs vulnérables Trois risques climatiques majeurs sont identifiés : sécheresse, pluies tardives et violentes, et inondations. D’autres risques localisés incluent vents violents, forte chaleur, érosion côtière et avancée de la mer. Les secteurs vulnérables majeurs sont l’agriculture, la région côtière, les ressources en eau, la santé, la foresterie et les zones urbaines périurbaines affectées par l’érosion et les inondations. Les groupes les plus exposés incluent les petits exploitants agricoles, les pêcheurs, les éleveurs et les populations urbaines dans des zones déficitaires en ressources alimentaires.
1.3 Impacts futurs par secteur
- Ressources en eau : diminution de la disponibilité et qualité de l’eau, augmentation du déficit hydrique, impact négatif sur agriculture, santé, énergie et écosystèmes.
- Agriculture : baisse des rendements de 5 à 20 %, nécessité d’adopter des variétés résistantes (igname, manioc), adaptation aux changements des saisons et calendrier agricole.
- Énergie : vulnérabilité des centrales hydrauliques aux sécheresses, nécessité de diversification énergétique vers les énergies renouvelables solaire, éolienne et biomasse.
- Santé : augmentation probable des maladies vectorielles et liées à l’eau, impact indirect via malnutrition et baisse de la biodiversité.
- Foresterie : menace sur la biodiversité, déforestation modifiant le climat local, nécessité d’une gestion durable des forêts.
- Zones côtières : exposition à la montée des eaux, érosion côtière et inondations récurrentes, affectant 10,6 % du territoire où vivent plus de 3,6 millions de personnes.
1.4 Bilan des actions de développement durable Le Bénin a présenté ses efforts pour la mise en œuvre des Objectifs de développement durable (ODD) et la lutte contre les changements climatiques, avec intégration des ODD dans le Plan National de Développement (PND 2018-2025) et le Programme de croissance pour le développement durable (PC2D). Le pays a engagé un costing des ODD et un plan d’affaires climat pour mobiliser les ressources, incluant des opportunités pour le secteur privé dans les énergies renouvelables et la reforestation.
II. Alignement de la SDFIC avec les stratégies nationales
2.1 Alignement sur le PND 2016-2025 L’objectif global de la SDFIC est cohérent avec l’objectif stratégique 4 du PND relatif à la gestion durable du cadre de vie et l’émergence des pôles régionaux. Les objectifs spécifiques et effets attendus de la SDFIC correspondent aux objectifs du PND en matière d’agriculture durable, développement urbain maîtrisé et résilience aux changements climatiques.
2.2 Alignement sur le PC2D 2018-2021 La SDFIC s’inscrit dans l’axe opérationnel 7 du PC2D qui vise un développement équilibré et durable de l’espace national, avec des actions en gestion durable des ressources, aménagement du territoire, gouvernance locale, gestion des risques et sécurisation des espaces.
2.3 Alignement sur le Programme d’Action du Gouvernement (PAG 2016-2021) Le PAG met l’accent sur le développement équilibré et durable de l’espace national, avec des actions en amélioration du cadre de vie, gestion foncière, gouvernance territoriale et intercommunalité, en cohérence avec la SDFIC.
2.4 Alignement avec les stratégies sectorielles
- Agriculture : Le PSDSA 2016-2025 intègre la résilience climatique et la lutte contre la déforestation, en cohérence avec la SDFIC.
- Eau : La Politique Nationale de l’Eau repose sur la Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE) et vise un accès équitable et une exploitation durable, en lien avec les sous-programmes de la SDFIC.
- Énergie : Le Plan Stratégique du secteur énergie vise la qualité, quantité et sécurité des services énergétiques, avec promotion des énergies renouvelables et transition énergétique correspondant aux objectifs de la SDFIC.
- Foresterie : La politique forestière de 2012 vise la gestion durable et la conservation des forêts, en lien avec les sous-programmes REDD+ de la SDFIC.
- Santé : La politique de promotion de la santé est cohérente avec les sous-programmes de la SDFIC portant sur la lutte anti-vectorielle et la gestion des risques climatiques.
III. Principes directeurs du plan d’action
Le plan s’appuie sur les principes d’équilibre et équité, capitalisation des acquis, coordination et inclusivité, responsabilisation et recevabilité, gestion axée sur les résultats et partenariat national et international.
IV. Résultats attendus
Le plan vise trois objectifs spécifiques :
- Renforcer la résilience des communautés locales et systèmes de production économique (sécurité alimentaire, augmentation de la part de l’agriculture dans le PIB).
- Réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) anthropiques.
- Renforcer la protection des communautés vulnérables face aux catastrophes naturelles (réduction des risques d’inondation, maladies sensibles au climat).
Les résultats attendus sont détaillés par pilier et sous-programme, incluant l’accès au financement agricole, la construction de barrages, la transition énergétique, la réduction des émissions, la gestion durable des forêts, la lutte contre les maladies climato-sensibles, la protection côtière, et le renforcement des capacités institutionnelles.
V. Plan d’actions
5.1 Pilier 1 : Résilience des communautés et systèmes agricoles
- Facilitation de l’accès au financement adapté à l’agriculture, tenant compte des risques climatiques, via des dispositifs réglementaires et instruments financiers adaptés, incluant l’AMAB (Assurance Mutuelle Agriculture du Bénin).
- Renforcement de la résilience agricole par la promotion de la gestion durable des sols, élaboration de calendriers agricoles adaptés, promotion de variétés résistantes et résilientes, développement de pisciculture avec cages fixes, jardins familiaux, aménagements hydro-agricoles, et implication de la recherche pour l’innovation.
- Amélioration de la planification locale en intégrant les changements climatiques, par sensibilisation, développement d’outils, formation, accompagnement des collectivités locales et évaluation.
5.2 Pilier 2 : Réduction des émissions de GES et séquestration carbone
- Appui à la transition énergétique par le remplacement progressif des énergies fossiles par un mix privilégiant les énergies renouvelables (solaire, hydroélectricité, biomasse), études de diagnostic, analyse du marché, cadre institutionnel, financement et formulation de projets rentables.
- Amélioration de la législation sur le contrôle des émissions liées aux hydrocarbures, via études sur la pollution, état des lieux réglementaire, élaboration ou actualisation de textes, mise en place d’un dispositif de suivi-appui-conseil et évaluation des performances.
- Gestion durable des écosystèmes forestiers par un projet d’afforestation à grande échelle, mise en œuvre de REDD+, sensibilisation et implication des communautés, suivi-évaluation des écosystèmes forestiers.
5.3 Pilier 3 : Réduction des risques climatiques
- Mise en place d’infrastructures pour assurer l’écoulement naturel et drainage des eaux pluviales en milieu urbain et périurbain, à partir d’études actualisées et construction des infrastructures adaptées.
- Lutte contre les maladies sensibles au climat par actualisation des études, diagnostic et renforcement du système de surveillance épidémiologique, plans de riposte rapide, fonds de recherche-action et évaluation des mécanismes.
- Protection contre l’érosion marine côtière par évaluation des actions en cours et mise en œuvre des recommandations.
- Renforcement du système national d’alerte précoce et gestion des risques de catastrophes naturelles par évaluation des systèmes existants, étude de faisabilité locale, développement de projets, intégration des mécanismes, organisation des secours et évaluations périodiques.
5.4 Axe transversal : Coordination, renforcement des capacités et gestion des connaissances
- Évaluation du dispositif institutionnel, développement d’un plan de coordination, évaluation des besoins en renforcement des capacités, et mise en œuvre d’un projet de performance institutionnelle pour le suivi-évaluation du plan.
VI. Cadre de performance
Le cadre de performance définit les objectifs globaux, spécifiques, résultats attendus, indicateurs de performance, valeurs de référence et cibles pour 2023, ainsi que les moyens de vérification et risques identifiés. Par exemple, il vise un taux de couverture forestière de 50 % contre 42 % en 2018, une augmentation du taux de croissance du PIB agricole, une réduction des émissions de GES, une diminution des risques d’inondation et de prévalence des maladies sensibles au climat.
VII. Évaluation du coût du plan d’action
Le coût total du Plan d’action pour une période de cinq ans est estimé à 138,06 milliards de francs CFA. Le détail des coûts est réparti par pilier et par action, avec le pilier 1 (résilience agricole) représentant la plus grande part (~87,68 milliards CFA), suivi du pilier 3 (réduction des risques climatiques) à 25,46 milliards CFA, et du pilier 2 (réduction des émissions et séquestration) à 20,62 milliards CFA. Un axe transversal dédié à la coordination et au renforcement des capacités est budgétisé à 4,3 milliards CFA.
VIII. Coût de l’inaction
Le document souligne que le coût de l’inaction face aux changements climatiques au Bénin pourrait être très élevé, avec des estimations variant entre 0,5 % et 7,2 % du PIB. Cette estimation repose sur la méthode des coûts d’évitement, en comparant les dépenses prévues et réalisées dans le cadre des politiques climat, et le ratio coût des dommages par rapport aux coûts des activités non exécutées. Le coût de l’inaction pourrait être encore plus élevé si les politiques climat planifiées ne sont pas mises en œuvre efficacement.